
Rendre la vue aux aveugles : du progrès, mais quelles limites ?
La thérapie optogénétique
Désormais nous allons traiter d'une autre technique importante afin de rendre la vue aux aveugles : la thérapie optogénétique.
Cette technique est une évolution de la thérapie génique. Celle-ci consiste à soigner une maladie en prélevant des cellules. On leur enlève le gène muté (ou non fonctionnel) et on y insère le gène sain et fonctionnel (on l'appelle « gène médicament »). Ceci se fait à l'aide d'une seringue ou d'un tuyau qui va le propager dans la rétine. Ainsi cela va remédier à la déficience ou annihiler la maladie en régénérant des cellules saines. D'un autre côté, le refus physiologique ou les résultats mitigés dans certains cas se trouvent être les limites principales de cette technique. Cependant sachez que l'œil est considéré comme étant l'organe le plus propice à ce type de thérapie : « il est petit, bien limité et réduits ces risques d'inflammation », détaille Deniz Dalkara, une des chercheuses de l'INSERM Paris spécialiste du domaine.
Le principe de la thérapie génique :
Pour entrer dans les détails, il faut savoir qu'il existe 9 types de cellules ganglionnaires qui envoient des signaux nerveux aux différentes aires corticales de notre cerveau. La thérapie optogénétique a alors pour objectif de réactiver les réseaux neuronaux chez les patients atteints de DMLA ou de rétinite pigmentaire. Pour ce faire, il va nécessiter des protéines photosensibles à la lumière bleu et jaune qui vont permettre l'ouverture d'un canal ionique (petit pore transmembranaire constitué de protéines qui sont responsables du transport des ions) au niveau de la rétine. Plusieurs recherches et études ont été menées à travers le monde.
IRMf en vue axiale du cerveau lors d'une image en mouvement : avant (gauche) et après le traitement (droite)
Les aires corticales V5 (mouvements) sont réactivées après l'application de la thérapie optogénétique
La première approche a été entreprise par une équipe de recherche américaine. Celle-ci a réalisé une expérience sur des animaux qui s’est soldée par un échec. En effet, les cellules exposées aux protéines photosensibles ne réagissent pas correctement à la lumière, car les cellules ganglionnaires envoient des informations contradictoires au cerveau. De ce fait, le patient ne peut recouvrir la vision. Cette équipe a alors tenté de faire l'expérience sur les cellules dites « On » d’une souris, soit uniquement sur les cellules qui sont activées par une lumière très intense : malheureusement cette expérience est impossible sur l'homme directement à cause de contraintes physiologiques (rejet du gène médicament).
Ainsi, une recherche britannique menée contre l'amaurose congénitale de Leber (maladie dégénérative des cellules de la rétine) a suivi la première expérience sur les animaux. Le gène mis en cause était, dans ce cas, le gène RPE65 qui avait subi une mutation. L'équipe, après avoir inséré le gène médicament, a constaté une réelle amélioration pour les patients, après seulement quelques semaines. Cependant, il faut savoir que cette maladie, contrairement à la DMLA, est extrêmement rare (200 cas en France).
En effet, les chercheurs ont en ligne de mire la DMLA. L'équipe de Peter Campochiaro (États-Unis) a donc eu l'idée d'introduire un gène qui a pour fonction d'inhiber la formation des vaisseaux sanguins se formant dans la macula. Ainsi les cellules de la rétine vont se mettre à produire leur propre « médicament » qui va remédier seul à la DMLA.
Ensuite, les chercheurs veulent s'attaquer à une autre maladie, la rétinite pigmentaire. Dans ce cas-ci, c'est là encore une équipe américaine qui a fait avancer la thérapie optogénétique. L'université de Floride a mené des expériences sur des souris avec deux gènes médicaments qui bloquent la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. Ceci a alors protégé la souris de l'apparition de quelques formes de rétinite pigmentaire.
A l'inverse, en 2005, les chercheurs d'un laboratoire anglais ont pensé à une autre approche, qui va utiliser des protéines peu polarisantes (protéines sensibles à des lumières peu intenses). Celles-ci vont donc rendre les cellules sensibles à une lumière moins intense et vont être plus à même à réactiver ces cellules rétiniennes. Après quelques tests, cela s’est alors avéré beaucoup plus efficace et a ouvert la porte à d'autres expériences.
C'est ainsi que dans une recherche menée par un laboratoire états-unien en 2009, la protéine utilisée a été la protéine Opto-mGluR6. Elle est alors composée de deux protéines autres rétiniennes qui sont non seulement physiologiquement compatibles mais aussi peu susceptibles d’être rejetées par le système immunitaire. Il se trouve qu'elles sont aussi beaucoup plus résistantes à la décoloration et à l’atténuation de la lumière qui sont souvent trouvées dans d’autres protéines photoréceptrices. Les chercheurs veulent donc que les neurones se transforment en cellules photoréceptrices en modifiant leur fonction première et donc en les rendant sensible à la lumière.
Pour finir, il faut savoir qu'en France il y a des essais cliniques qui sont en cours comme ceux réalisés au CHU de Nantes par l'équipe de Fabienne Rolling sur une trentaine d'adultes. Les résultats sont attendus pour cette année. Par ailleurs, les premiers signes s'annoncent tout de même encourageant. On peut donc supposer qu'un traitement est à attendre, dans un futur proche, pour soigner et remédier à la cécité due, par exemple, à la DMLA ou à la rétinite pigmentaire.


